mardi 11 décembre 2012

Zongo

Le Congo a des paysages magnifiques. Pas partout (par exemple Kinsasa est parfois sordide), mais certains endroits coupent le souffle. Le seul probleme est de parvenir a ces endroits. Les routes sont souvent mauvaises. Et les distances a parcourir sont tres grandes. Alors il faut s'organiser.

Donc nous nous sommes organises pour aller a Zongo, Dubois, Candide, Emilie et moi. Il a fallu convaincre les parents, faire les reservations (c'est un site touristique et c'est aussi cher que la Suisse), trouver une voiture et un chauffeur, convaincre les parents, convaincre les parents,... On est parti avec ma voiture et c'est moi qui conduisait.


Zongo est un endroit magnifique. L'eau tombe en cascades. La chute d'eau est majestueuse. A ce qu'on m'a dit...

Apres une septantaine de kilometres sur l'asphalte, nous nous sommes engages sur une route en terre. De la terre bien argileuse. Et il avait plu. C'est plus difficile que la neige. Ici, ce n'est pas une couche glissante sur un fond plat, mais des trous et des bosses de boue. La voiture tangue et suit la pente. Et parfois, si on laisse la voiture glisser, on finit dans un petit fosse. La methode de contrebraquer ne marche pas: si on tourne les roues dans le sens ou l'on glisse, on y va encore plus vite et on reglisse en redressant les roues. Il faut forcer, labourer la route, faire hurler le moteur, tenter d'avoir un cote de la voiture hors des flaques, esperer que les trous ne sont pas trop profonds,... On a du se faire "aider" a degager la voiture d'un trou. C'etait bien sur une aide payante.
On avait 50 km a faire sur la route en terre. Apres 5 km, j'ai dit que je n'etais pas capable de continuer. Il y avait trop de chances qu'on s'embourbe. Alors on a fait demi-tour.

Encore un abandon. Je commence a en avoir assez de tenter des choses qui se soldent par des echecs. Mais je suis content d'avoir pu rouler sur une vraie route en terre.

mardi 4 décembre 2012

Le Frangala

On classe les langues en familles selon le vocabulaire et la grammaire. Mais on ne considere pas la logique utilisee dans une langue. Je pense que la logique peut passer d'une langue a l'autre sans pour autant changer le vocabulaire ni la grammaire. De plus, je pense que la logique change plus lentement que le vocabulaire et la grammaire.

Ainsi, je trouve que la logique du francais d'europe ressemble beaucoup a la logique de l'anglais d'europe, mais ressemble peu a la logique du francais parle a Kinshasa.
Exemples: en lingala, les mots "trop" et "beaucoup" se traduisent tous deux par "ebele". Je ne comprenais pas lorsqu'on me disait qu'il y avait "trop de vendeurs" a un endroit. Cela voulait simplement dire qu'il y en avait beaucoup. De meme, les mots "beau" et "agreable" se traduisent par "kitoko". La, j'ai eu de la peine a faire les nuances que je souhaitais pour dire qu'un repas sentait bon et avait un bel aspect. Je devais dire que c'etait kitoko et kitoko.
Petit a petit, j'ai compris qu'il n'existe pas de nuance pour des jugements de valeur en lingala. On ne juge pas les gens ici. On juge leurs actes. Si une personne agit mal une fois, elle peut bien agir une autre fois. Et, comme cette logique est bien ancree ici, elle se retrouve aussi dans le francais de Kinshasa.

Le francais d'ici est tres different. Je trouverais interessant que l'on fasse des familles de logiques differentes parallellement aux familles des langues. Mais je ne sais pas comment ce serait possible.

Un autre mot interessant: le verbe kolinga. Cela veut dire aimer, apprecier, vouloir. Mefiez-vous des traductions... dire a une belle femme "je t'aime" ou "je te veux" n'a pas le meme resultat. Moi qui critiquais le francais a cause du verbe "aimer" qui dit trop de choses differentes, me voila bien servi.

Malheureusement, je ne maitrise pas assez la lingala pour connaitre des logiques qui n'existent pas en francais. C'est plus facile de grouper des notions connues que de dissocier une notion ou d'en creer une nouvelle.

Projets secondaires

Voila. Je devoile mes projets secondaires. Ils vont certainement devenir mes projets principaux, car la ferme s'avere inadaptee actuellement. Je n'abandonne pas l'idee, mais je pense que le projet doit etre mature et modifie avant de commencer.

Je suis en train de monter une entreprise de construction de biodigesteurs. Comme il y a souvent des pannes de courant, de maniere irreguliere, les gens cuisinent au charbon de bois. On paye environ 20$ le sac de charbon a Kin. Et il dure un mois. Le resultat est un enorme deboisement aux alentours de la ville. Vraiment enorme. Il est presque impossible de trouver un arbre au bord de la route qui va vers Kikwitt et vers Matadi. Ou alors, c'est un endroit que des gens ont sciemment preserve. De plus, 20$, c'est beaucoup. Et allumer du charbon prend du temps. Et on ne peut pas l'eteindre, ni regler la puissance.
Comme il y a beaucoup d'elevages de porcs par ici, on veut produire du gaz domestique a l'aide du lisier de porc. Avec nos tarifs, en un an et demi, les gens deviennent beneficiaires grace a leurs economies de charbon. Et on peut meme proposer d'acheter a credit, pour que les frais mensuels correspondent approximativement aux frais de charbon. On a deja achete le materiel et on a deja des clients. Demain, on va aller sur le premier terrain pour prendre les mesures et faire le projet. Ce sera notre premier essai.

L'autre projet est un purificateur d'eau solaire. Je vais voir un etudiant en polytechnique jeudi pour me faire aider dans la conception. La partie theorique ne me pose aucun probleme. Suivant les resultats de cet essai, on pourra peut-etre aussi demarrer une entreprise qui en construira. L'eau potable est un serieux probleme ici.

En fait... ce sont deux gros TIP, que je suis en train de faire (l'EMF comprendra...)

Dans les semaines qui viendront, j'aurai plus d'informations et des photos a vous montrer.

Un autre projet me tient a coeur: je vais rentrer en janvier. Entre le 8 et le 19. Je ne sais pas encore. Ca devrait etre fixe la semaine prochaine.


dimanche 25 novembre 2012

Une petite reponse ?

J'ai voulu me faciliter la vie en donnant des nouvelles par un blog. Pas le risque d'oublier quelqu'un. Pas besoin de formule de politesse. Pas besoin d'envoyer les messages.

Mais bon... les reponses sont assez rares. Je dois avouer que j'aurais aime que l'on reagisse plus souvent a mes propos. Surtout lorsque j'ai parle du projet principal. Meme par mail (que vous pouvez trouver en cliquant sur mon nom d'utilisateur google). Et vous pouvez toujours utiliser le compte google que j'ai ecrit sur la page d'accueil de mon blog pour poster un commentaire.

En fait, je niauche pour recevoir un message de votre part parce que je m'ennuie de vous.

Honte et Fierte

Je suis arrive au Congo avec des a-prioris. Notamment, je me sentais coupable d'etre ne dans un pays riche, ou le luxe materiel est omnipresent. Je pensais que, bien que la Suisse n'ait pas eu de colonie, elle avait beneficie du commerce avec ses voisins imperialistes, donc indirectement contribue a l'humiliation et a la destruction des peuples qui ne connaissaient pas la poudre a canon.

Une fois sur place, cette impression s'est renforcee. Certaines personnes m'abordaient pour me demander de l'argent. On m'expliquait que tout allait mal. On me traitait comme un etre superieur. Je n'aimais pas ca.

Puis j'ai vu que la situation n'etait pas vraiment celle dont on parlait. Il n'y a pas de luxe materiel ici pour la plupart des gens, c'est vrai. Mais il y a des gens suffisamment riches pour importer a grands frais des produits europeens (la douane du Congo est la plus chere au monde), alors qu'ils pourraient en produire sur place. Il y a des gens qui ont faim et doivent aller se coucher sans manger, c'est vrai. Mais il y a une nature genereuse. Lorsque je discute avec des gens sur les terres inexploitees et la faim a Kinshasa, j'ai parfois des reponses du genre: "Le terrain n'est pas a moi." Je suggere de s'entendre avec le proprietaire. "On n'a pas de machine." Je parle des Chinois qui sont devenus les maitres du monde par le travail et qui laissent a leurs enfants une Chine forte ou personne n'a faim. "C'est a chacun son tour de vivre." (Bon, la je cumule les reponses debiles que j'ai pu entendre: la plupart des gens n'ont pas cette reaction.)

La tendance generale est de dire: "Le gouvernement ne fait pas ceci.", "Les belges nous ont fait cela.", "Le Rwanda nous attaque.", "Les multinationales nous exploitent.", ... et on prie Dieu pour qu'il regle tous les maux. On se plaint des nombreuses corruptions necessaires pour pouvoir avancer (obtenir une autorisation, retrouver les copies d'examen soit-disant egarees, accompagner un mourant dans une ambulance,...) mais on les accepte et personne ne se revolte. On rale, c'est tout. (La encore, c'est caricatural: il y a des gens qui se battent pour faire changer les choses. Mais ca reste une tendance marquee dans ce que je vois.) Je trouve qu'il y a peu de gens qui se responsabilisent pour changer la situation. J'ai meme tendance a penser que cette situation n'est pas mauvaise en soi, car elle a des avantages enormes. Par exemple, on peut vivre au jour le jour. Pas de stress, mais des gros pepins imprevus. De l'insouciance mais des soucis. Ici, il n'y a pas de saison ou la terre ne produit rien. Vivre ainsi est raisonnable. Sauf qu'a Kinshasa, on veut copier l'occident et vivre au meme rythme sans savoir les sacrifices que necessite une telle vie.

Je me suis finalement rendu compte qu'en Suisse, on travaille beaucoup et qu'on fait du bon travail. La richesse de la Suisse est aussi due au travail de ses habitants. Le bon fonctionnement des institutions est aussi du a l'esprit de responsabilisation des Suisses.

En arrivant, j'ai aussi pense que j'etais fragile, que j'avais une tres petite tolerance a la douleur, que ces gens vivant dans la misere etaient plus solides que moi, que ma vie luxueuse m'avait rendu faible. Or je vois que, s'il est vrai que je suis plutot sensible a la douleur physique, la difference n'est pas aussi significative que ce que je pensais, et j'ai une enorme capacite a encaisser la douleur morale, une excellente maitrise de moi, un code de conduite que je peux admirer comme on admire la droiture des Samourais. Au Congo, on exteriorise sa douleur. On exteriorise sa joie. On danse et chante quand on en a l'envie. On peut pleurer en public. On peut crier sa colere en public. Toutes ces choses que l'on considere comme des faiblesses en Suisse sont normales au Congo. On est libre de faire. En Suisse, on fait passer le travail avant toute autre chose. Par exemple, vendredi dernier, j'avais besoin de parler a mon pere. Je lui ai telephone. Comme il avait du travail, il m'a dit qu'il me rappellerait dans la soiree, ce qu'il a fait. Au Congo, si j'avais eu la meme demande, il aurait arrete son travail immediatement pour m'aider sans chercher a savoir si j'avais reellement besoin d'aide ou si c'etait un caprice. En Suisse, on souffre du manque de relations sociales, du manque de spontaneite, de la rigueur du code de conduite. Au Congo, on souffre du manque d'infrastructures efficaces, du manque de rigueur dans le travail, de l'improvisation et de l'informel. Ces facons de faire me semblent parfois deux extremes opposes, et je pense que l'on aurait beaucoup a apprendre les uns des autres. Par exemple, en Suisse, on pourrait s'occuper un peu mieux de nos proches lorsqu'ils sont malades. Etre present et disponible sans etre envahissant n'est pas tres complique, mais necessite un certain savoir-faire et un changement dans le sens des priorites. Et au Congo, on pourrait prendre l'habitude d'estimer raisonnablement le temps que prennent les differentes choses pour organiser sa journee. De nouveau, n'est pas tres complique, mais necessite un certain savoir-faire et un changement dans le sens des priorites.

Actuellement, je suis fier d'etre Suisse. Je vois que nous avons nos forces comme nos faiblesses. Mais, ayant grandi dans cette culture-la, ce sont les forces cultivees en Suisse qui me paraissent importantes. J'aime l'efficacite (meme si j'aime "perdre du temps" a faire des choses qui ne rapportent rien en apparence). J'aime etre actif (bien que je sois parfois tres oisif). J'aime que les choses soient bien presentees et soignees (dans une certaine mesure, pour ceux qui ont deja vu ma chambre...). J'aime la fiabilite. J'aime assumer mes responsabilites. J'aime ce qui est raisonnable (mais attention au mot "raisonnable": on le confond souvent avec le mot "habituel"). Je n'aime pas le bruit. Je n'aime pas etre dependant. Je n'aime pas respecter une regle qui me semble injustifiee, meme si celui qui l'a emise est hierarchiquement superieur. Je n'aime pas abuser de ma position lorsque celle-ci me donne plus de pouvoir que d'autres.
Je ne pretends pas que ces gouts-la soient les gouts normaux d'un Suisse moyen. Mais ce sont les miens et ils sont issus du contexte dans lequel j'ai grandi.
Je ne pense plus etre redevable envers les descendants des peuples exploites par les ancetres de certains de mes voisins. Je pense toujours qu'il faut raisonnablement repartir les richesses et ne pas accepter l'exploitation de l'humain comme objet de profit.
Mais je pense aussi que la situation congolaise appartient aux Congolais. Que personne d'autre qu'eux ne peut la changer. Que, s'ils ne sont pas coupables d'etre les descendants d'un peuple humilie et brise par des gens qui avaient une arme de guerre beaucoup plus efficace, ils sont responsables de la facon dont ils agissent avec cette situation. Et ils ont les moyens de s'en sortir.

Finalement, j'aimerais vous dire de ne pas prendre mes textes pour des enseignements sur le Congo. En les relisant et en y repensant, je vois qu'ils manquent d'informations. J'aimerais toujours les modifier, les corriger, les perfectionner. Mais aucun texte, aussi bien ecrit soit-il, ne peut remplacer l'experience vecue. Et tous les textes sont ecrits par des humains qui transmettent leur vision subjective du monde. On choisit ce qui nous semble important, on omet ce qui semble insignifiant. Or, les choses insignifiantes sont les plus nombreuses. Et les choses que l'on juge importantes sont souvent des singularites, donc moins nombreuses. J'imagine que les choses insignifiantes a mes yeux sont les plus importantes en realite. (je m'arrete la, car je risque de commencer un monologue sur l'importance et l'insignifiance)

mardi 20 novembre 2012

Driving in Kinshasa, the Revenge of the Policemen

Je commence a m'habituer a la circulation kinoise. La logique n'est pas compliquee: le premier qui est la a la priorite. Et si l'on montre que l'on est pret a cabosser encore plus son vehicule, on a plus de chances de passer. Sinon, on essaie de rouler a droite et la plupart des gens evitent de creer des embouteillages, par exemple en depassant une file de voiture arretee et en bloquant les vehicules venant en sens inverse. Mais bon... il y a toujours un cretin pour le faire quand meme.

Bref, le fait que j'ai achete une voiture s'est avere tres utile. D'une part parce que la voiture de Mama Anto est souvent en panne. D'autre part parce que nous sommes plus flexibles et pouvons mieux gerer les imprevus. Par exemple, il a fallu plusieurs fois vehiculer Mama Anto chez Tantine Mimi, sa soeur, la veuve de Tonton Johnny, celui qui est decede en deuxieme (eh oui, les familles sont grandes...) En fait, la belle famille n'arretait pas de brandir la "culture" pour tenter de s'approprier les biens de leur defunt frere au detriment de sa femme et de ses enfants. Ils mettaient beaucoup de pression sur Tantine Mimi en la harcelant. Elle devait se coucher par terre, pleurer son mari en permanence, nourrir les pique-assiette (ie sa belle famille) qui venaient chez elle, leur donner de l'argent pour des raisons que je n'ai pas comprises, elle se faisait insulter, on l'accusait d'avoir tue son mari,... Le matin de la veillee funebre, Dubois est alle cherche un pneu, de l'essence et des allumettes pour intimider la belle-famille. Comprenez qu'ici, avec un pneu, on peut immobiliser quelqu'un en le mettant dedans, avec l'essence, on asperge le tout et avec les allumettes, on fout le feu. C'est ainsi que les jeunes Kinois ont expulse les rebelles de Kinshasa. Donc un pneu, de l'essence et des allumettes fait peur. Lors d'un enieme harcelement, il est entre avec ses cousins, l'air tres menacant. Tout le monde a pris peur. On leur a demande de sortir. Il a dit qu'il venait simplement demander a Maman si elle etait fatiguee, ce qu'il a fait. Plus tard, il a informe qu'il avait un pneu et de l'essence dans la voiture. Ca a calme les gens. Grace, mon cousin, est alle jusqu'a gifler une femme qui harcelait Tantine. Personnellement, j'etais absent. Et j'en suis tres content, car je n'aurais ete d'aucune utilite et la situation etait tres desagreable.

Actuellement, il semblerait que la situation soit plus ou moins terminee. Et les palabres ont permis d'empecher que la tante et les cousins se retrouvent a la rue. Heureusement que Mama Anto a ete deputee et qu'il y avait un ancien ministre raisonnable dans la belle famille. Ils ont su etre ceux que l'on ecoute.

Si Mama Anto est tombee malade suite au premier deuil, Dubois a fait une crise de malaria aigue a la fin du deuxieme. La encore, ma voiture a ete tres utile. Il m'a fallu traverser Kinshasa a plusieurs reprises, et parfois seul. Vendredi dernier, j'ai ete arrete parce que je n'avais pas de vignette. Bon, je voulais de toutes facons en acheter une et l'amende etait tres petite. Cette fois-la, les policiers ont ete tres corrects et m'ont tres bien traite. Il fallait simplement que j'aille payer l'amende a la banque pour recuperer la carte rose (l'equivalent de la carte grise) et recevoir une vignette. J'y suis alle hier (lundi)...

Au carrefour d'UPN: arrestation, parce que je n'avais pas la vignette. J'ai montre l'amende. On m'a dit que j'avais deux jours pour payer. C'etait deux jours plus tard et il y avait eu le week-end entre deux. J'ai insiste un peu et on m'a laisse partir.

A Matadi-Kibala: arrestation, parce que je n'avais pas la vignette. J'ai montre la quittance. On m'a dit que c'etait en ordre. On m'a rendu la carte rose et donne la vignette. J'ai donne un petit quelque chose aux policiers parce qu'ils avaient bien fait leur travail.

Au Rond-Point Ngaba: arrestation, parce que... fausse raison debile. J'avais les fenetres montees et les portes verrouilles. J'ai presente les papiers du vehicule contre la fenetre pour eviter qu'ils ne les gardent. Cinq minutes d'engueulades. "C'est pas comme ca que ca se fait! Je dois toucher!" dit le policier. "Vous lisez avec les doigts?" lui gueule le mundele. "Est-ce qu'il a la vignette?" dit un collegue en lingala. "Vignette eza" (il y a une vignette) crie le mundele. Ils m'ont laisse partir.

Au Boulevard Lumumba: arrestation, parce que... "Non pas les papiers... vous avez une biere pour nous?" Non. Ils m'ont laisse partir.

Sur l'avenue Batatela: Plainte de policiere qui dit que c'est difficile ici, qu'elle a faim. Je n'en pouvais plus. Je lui ai donne cent francs congolais (l'equivalent de dix centimes). Ce n'est presque rien, mais je voulais juste qu'elle me foute la paix. J'etais creve.

Au Rond-Point Victoire: arrestation, parce qu'ils faisaient la circulation et que je n'avais pas suivi les directives, comme tous les autres vehicules. Je n'ouvre pas. Je ne donne pas les papiers. Je les plaque contre la vitre. Malheureusement, les fenetres etaient suffisamment ouvertes pour qu'un des policiers puisse glisser sa main a l'interieur, deverouiller et ouvrir la porte. Je n'ai quand meme pas donne mes papiers. Il etait 16h30 passee, donc ils ne pouvaient pas verbaliser. Mais ils insistaient. J'ai appele Dubois qui etait a l'hopital pour lui dire que j'etais retenu. Il a appele Mama Anto qui m'a rappele pour parler au policier et qui a menace d'envoyer des policiers plus grades qu'eux. Apres quelques minutes, ils m'ont laisse partir, mais en me demandant de "penser a eux" sans sortir de la voiture. J'etais tellement fatigue que j'ai donne 500 FC (de quoi se payer une limonade). Lorsque je partais, Mama Anto m'a rappele pour dire que Tantine Mine (la femme du vice-premier ministre) avait envoye des policiers. Je lui ai dit que c'etait bon et qu'elle pouvait annuler.

Ce jour-la, j'en avais vraiment marre de la police. Et maintenant, je deviens paranoiaque. Des que je les vois, je monte les fenetres et verouille les portes. Mais en general, je n'ai aucun probleme.

En ce moment, je suis a l'hopital avec Dubois, Candide (avec qui nous etions alles au bourd du fleuve Congo il y a trois mois) et Emilie (une cousine qui est chez nous depuis une semaine). Je n'ai pas ete arrete sur le chemin pour venir, bien que j'etais seul.

lundi 12 novembre 2012

Projet principal

Je devoile enfin mes projets. Ils sont loin d'etre aussi clairs que ce que je souhaitais avant de pouvoir en parler, mais ils ont suffisamment avance pour le faire.

Je peux deja vous dire que je vais rentrer entre janvier et juillet 2013. Tout dependra de comment mon projet principal avance.

Je vous avais deja parle de mes doutes quant a l'avenir de l'economie occidentale et, par consequent, de mes doutes quant a la viabilite en Suisse a long terme. La terre en Suisse ne peut pas suffire a nourrir tous les habitants. Si nous n'avons plus l'argent pour s'approvisionner a l'etranger, nous vivrons une famine. Et s'il y a une famine, les gens seront prets a tout pour survivre a l'hiver. Donc danger.

Mon idee initiale etait d'acheter un terrain au Congo (on peut trouver assez facilement des terres entre 100 et 200$ l'hectare) pour avoir une porte de sortie en cas de crise. Meme si cette crise reste hypothetique et peut ne pas se produire, ca peut faire un chouette coin ou passer des vacances sous les tropiques (merci Caius pour cette remarque).
Mais ce terrain a pour but d'etre un plan B en cas de crise. Si je dois fuir la Suisse en vitesse et que j'arrive dans un endroit ou il faut trois mois pour que les premieres cultures poussent, je vais vraiment avoir du mal. Donc il faut que ce soit deja cultive et habitable lorsque j'y arrive. D'ou l'idee de faire une ferme. En plus, il y a beaucoup de gens prets a travailler ici. 90% de chomage.
Le gros probleme est de pouvoir gerer l'exploitation depuis la Suisse. Je n'ai actuellement pas l'envie de m'etablir au Congo. Si je suis absent et qu'il n'y a personne pour superviser le travail, les employes verront leur salaire arriver et les boutures disponibles pour leur propre jardin. Ils seraient bien betes de ne pas en profiter. Donc ca ne pourrait pas marcher ainsi. Sauf si, en plus d'avoir un contact fiable qui visite periodiquement la ferme, je donne quelque chose a gagner aux travailleurs. Ils doivent avoir plus a gagner en faisant fonctionner la ferme qu'en volant les cultures. Donc je ne peux pas m'enrichir seul si je ne veux pas rester au Congo. Je veux fonctionner de la maniere suivante.
1) J'achete le terrain (j'imagine 100ha), les materiaux pour construire les batiments indispensables (etable, cuisine-dortoir, biodigesteur et autres, selon les necessites), les infrastructures indispensables (purificateur d'eau, latrines, pompe pour arroser et abreuver), les reserves de nourriture pour debuter la ferme, une petite reserve de medicaments, les outils, les boutures, les graines, le betail.
2) J'engage une dizaine de personnes en leur expliquant ce qu'ils ont a gagner. Premierement, l'acces a la nourriture, a l'eau potable et aux premiers soins. Puis, plus la ferme produit, plus vite viendra le prochain financement qui permettra d'ameliorer les infrastructures. Par exemple, lorsque la ferme a reussi a rembourser 2000$ au financier, plus a produire 2000$, la ferme et le financier achetent un panneau solaire, des batteries, du fil electrique et quelques ampoules pour l'eclairage nocturne. L'argent verse sur le compte de la ferme serait l'indicateur de l'avancee de la ferme. Tant que l'argent n'est pas arrive, le financement suivant n'arrive pas. Un financement suivant serait des abris individuels, qui deviendraient a terme des maisons. Un autre serait un dispensaire. Un autre serait un vehicule a disposition des travailleurs (par exemple une moto). Suivant la taille de la ferme, on peut imaginer une ecole (je pense commencer le travail avec des jeunes qui n'ont pas de famille, mais ils auront certainement vite des enfants et il faudra les instruire). Un financement important, mais assez tardif serait une micro-centrale hydroelectrique. On peut aussi imaginer installer une connexion internet et un petit cybercafe. Mais le plus interessant pour eux est de devenir proprietaire d'une partie du terrain. Le financier sera le proprietaire a la base, mais je eux que lorsque la ferme fonctionnera et qu'il sera rembourse, le terrain soit partage en parts egales entre les travailleurs et le financier. Chacun aurait 8 a 10 ha, selon le nombre de personnes (largement assez pour subvenir aux besoins d'une grande famille et pour s'enrichir). Et il aurait une maison, l'electricite, le gaz, l'eau potable, la nourriture, acces aux soins (peut-etre une mutuelle de sante, a calculer), de quoi s'enrichir,... Cela deviandrait une communaute agricole, qui pourrait etre dissoute si le besoin se fait sentir. Il faudrait juste veiller a gerer les infrastructures communes de facon raisonnable.
3) Je fais demarrer le projet, je rentre en Suisse et je le supervise sans me faire trop de soucis: de toutes facons, la valeur du terrain au Congo ne peut qu'augmenter. Et comme je suis l'algorithme de financement dont j'ai parle, le trou produit par les financements ne sera jamais plus de 50000$. Bien sur, le financement n'irait pas directement chez les travailleurs car, a cause des grands besoins d'argent pour faire vivre la famille a Kinshasa, ils seraient tentes de se servir pour payer les frais de scolarites des freres et soeurs, pour payer les frais d'hospitalisation de la tante,... donc les financements passeraient par la personne de contact fiable, qui ne ferait pas partie de la ferme, mais jouerait le role de superviseur. Cette personne irait acheter les produits necessaires et les acheminerait a la ferme.

En plus de ca, j'aimerais imposer certains comportements visant a laisser le milieu sain et agreable. Par exemple, une gestion raisonnable des dechets (entendez par la separer les compostables des incinerables et limiter les incinerables), eviter de deboiser et laisser des des zones non cultivees (d'ou l'interet de fonctionner avec un biodigesteur pour cuisiner au gaz au lieu du bois), amenager des zones de detente,... Mais je ne sais pas encore comment expliquer simplement et faire respecter ces directives sans etre present. La methode la plus prometteuse a laquelle j'aie pense est un systeme de controle par la personne de contact qui pourrait, selon le respect ou non-respect de ces exigences, avancer ou retarder le financement a venir. Si vous avez des suggestions, je suis preneur.

Toute la partie quantitative reste encore a definir et va dependre de beaucoup de parametres que je ne connais encore pas, mais l'idee generale est la. De plus, j'ai les contacts necessaires pour pouvoir limiter les dessous de table necessaires a demarrer un projet (les signatures peuvent couter cher ici, mais moi, je connais Tonton Daniel qui lutte contre la corruption tralala). Ca me permettra aussi de faciliter l'immigration du financier. Les formalites a remplir peuvent etre preparees a l'avance.

"Pourquoi parle-t-il du financier au lieu de parler de lui-meme?" vous entends-je penser. Simplement parce qu'il n'y a aucune raison que je sois le seul a vouloir realiser un tel projet. Mon idee va plus loin qu'une ferme. J'aimerais mettre en place l'infrastructure necessaire pour que d'autres personnes puissent faire le meme financement et que d'autres fermes demarrent. Alors maintenant, relisez les paragraphes precedents en imaginant que vous etes le financier et que la personne de contact fiable qui gere la ferme, c'est une entreprise fiable. (la, c'est Nathalie que je dois remercier pour cette remarque, meme si en fait, j'y avais pense presque depuis le debut)

C'est fait? Maintenant, je vous entends penser "Mais les maladies? Mais l'instabilite politique? Mais les guerres? Mais les jalousies? Mais ou j'ai mis mes clefs?" ... je ne suis pas sur que je sois deja passe maitre dans la psycholecture. Mais je vais quand meme vous repondre. (Bon, en fait, ce sont pour la plupart des questions de Cedric que je remercie au passage)

Les maladies: Comme partout, on peut tomber malade et on peut en mourir. Et l'hygiene de vie a une tres forte influence sur la capacite a survivre a la malaria sous les tropiques et a la grippe sous nos latitudes. S'il est vrai qu'il y a une mortalite infantile beaucoup plus elevee au Congo, il est deraisonnable de penser que tous les agents pathogenes exotiques presentes avec une musique dramatique sur TV5Monde vont nous sauter dessus. Il y a meme des agents pathogenes qu'on peut tres facilement supporter, juste parce que notre corps est fort contre eux. Personnellement, les vers et les amibes ne m'ont pas fait souffrir, alors que ma flore intestinale en etait remplie. D'autres personnes sont bien resistantes a la malaria. D'autres personnes ont une peau en bonne sante. Et souvent, tout va bien. Ce qu'il faut retenir, c'est que les maladies sont gerables comme partout. Mais ces foyers d'ebola? Comme pour les pousses infectees par escherischia coli l'annee d'avant, on peut manquer de bol. Mais il y a peu de malades d'ebola et les foyers sont localises et identifies.

L'instabilite politique et les guerres: La RDC a une reputation de pays-toujours-en-guerre. Il y a du vrai la-dedans, mais ce n'est que depuis la chute de Mubutu et c'est tres localise. Et s'il y a une crise en occident, il va probablement aussi y en avoir en Afrique. Mais il y a a-peu-pres la meme distance de Kinshasa au Nord-Kivu qu'entre la Suisse et les Balkans. Mais avec des voies de communications plus difficiles au Congo. Il existe des endroits au Congo ou la main de l'homme n'a jamais mis le pied. Il est facile de ne pas etre inquiete par une armee. Le danger en cas de guerre au Congo est de se situer dans une grande agglomeration ou sur un grand axe ou une armee pourrait passer et piller. Donc il faut eviter d'etre sur un grand axe. Probleme: pour ecouler la marchandise, il faut etre sur une voie de communication facilement pratiquable. J'ai des debuts de solutions, comme un endroit idyllique entre deux canyons (l'acces doit etre construit mais peut etre coupe), avec des possibilites de microcentrale, a 5km de la route Kinshasa-Kikwitt. Cliquez sur le lien "pays/territoire" au bas du post. Mais je cherche encore.

Les jalousies: Que l'on soit etranger ou pas. Que l'on vive au Congo ou en Suisse. Si l'on reussit une chose, certaines personnes peuvent vouloir nous nuire par jalousie. C'est entre autres pour cette raison que je ne vise pas une grande ferme industrielle, mais une discrete communaute agricole. Je pense aussi informer les gens qui pourraient etre jaloux des possibilites de demarrer une ferme similaire, en contactant l'entreprise qui les gere. Le probleme specifique au Congo est le vol frequent. Et il y a une solution du terroir a ce probleme: acces difficile pour pouvoir rattraper un voleur (ok) et sentinelle ou garde (quelqu'un aura cette tache).

Les clefs: en general, elles sont dans la poche de l'autre pantalon, sur la commode ou dans la serrure.

Maintenant que je vous ai rassures, je vous pose la question: est-ce que vous seriez tente par une telle aventure?